Vous pouvez avoir raison…
Pour tout un chacun, l’ultime défense est de dire « j’avais raison ».
Avoir raison et avoir tort sont des sources constantes de polémique et de conflits.
On peut échafauder un tas d’idées fumeuses sur le fait d’avoir raison ou tort. Avoir tort ou avoir raison de façon absolue n’existe pas. Et avoir raison ne consiste pas à refuser de nuire et avoir tort ne consiste pas seulement à ne pas nuire.
L’idée de ne nuire à rien et l’idée d’aider toute chose sont aussi folles l’une que l’autre. Il est douteux que vous pensiez qu’aider les esclavagistes soit une action bénéfique, de même qu’il est douteux que vous considériez comme un acte néfaste la destruction d’une maladie.
Le fait d’avoir raison engendre beaucoup d’irrationalité. Et ceci non seulement met à mal les critères employés par les tribunaux pour déterminer qui est sain d’esprit et qui ne l’est pas, mais explique aussi pourquoi certains individus commettent des actes vraiment néfastes et affirment qu’ils agissent bien.
La réponse à cela se trouve dans l’impulsion, innée chez chacun à chercher à avoir raison. Cette insistance à avoir raison est vite dissociée de l’action positive. Et elle s’accompagne d’un effort pour mettre les autres dans leur tort, comme on le voit chez les gens qui critiquent de façon excessive.
Nous avons vu une « personne sur la défensive » avancer des explications très convaincantes pour ses erreurs les plus flagrantes. La plupart des explications d’un comportement, aussi fantaisistes soient-elles, paraissent parfaitement justes à la personne qui les donne, puisque, selon elle, c’est elle qui a raison et les autres qui ont tort.
La vérité est bâtie par ceux qui sont assez larges d’esprit et assez équilibrés pour voir également où ils ont tort.
Il vous est arrivé d’entendre proférer certains arguments particulièrement absurdes. Rendez-vous compte que celui qui parlait cherchait davantage à affirmer qu’il avait raison qu’à avoir réellement raison.
On essaie toujours d’avoir raison, jusqu’au bout.
Comment fait-on alors pour avoir tort ?
Eh bien, voilà comment ça se passe.
Quelqu’un comment une mauvaise action, que ce soit accidentellement ou par inadvertance. Le côté négatif de cette action ou de cette inaction est alors en conflit avec la nécessité d’avoir raison. Il est probable alors qu’il continuera et répétera la mauvaise action pour prouver qu’il a raison.
C’est là un principe fondamental de l’aberration. Toutes les mauvaises actions sont le résultat d’une erreur qu’on a répétée par obstination pour prouver qu’on avait raison. Au lieu de rectifier l’erreur (ce qui aurait consisté à reconnaître son tort), on affirme que l’erreur était une bonne action, et ainsi on la répète.
« La vérité est bâtie par ceux qui sont assez larges d’esprit et assez équilibrés pour voir également où ils ont tort. »
À mesure que la conscience d’un être diminue, il lui est de plus en plus difficile de reconnaître ses torts. Et ce n’est pas tout : cela pourrait aussi bien être désastreux pour tout ce qui lui reste d’aptitudes ou de santé d’esprit, parce qu’avoir raison est l’essence m^me de la survie. Et lorsqu’on approche les derniers instants de survie, on peut seulement affirmer qu’on a eu raison, car croire un instant qu’on a eu tort nous « démolirait ».
« Avoir raison est l’essence même de la survie. »
Pour tout un chacun, l’ultime défense est de dire « j’avais raison ». Cela s’applique à n’importe qui. Quand cette défense s’écroule, c’est la fin.
C’est ainsi que nous sommes confrontés à cette image détestable où nous affirmons avoir raison, alors que nos torts sont manifestes. Et lorsqu’on parvient à faire prendre conscience à un être qu’il a tort, immédiatement il se sent dégradé, devient inconscient ou, au mieux, perd sa personnalité. Pavlov, Freud, ainsi que la psychiatrie, n’ont jamais saisi la subtilité de ces faits ; ils ont porté un jugement et puni le criminel et le fou, les poussant encore plus vers la criminalité et la folie.
Le système actuel de la justice recèle l’erreur suivante : l’ultime défense est la conviction qu’on a soi-même raison, malgré les accusations et les preuves, et que l’effort pour mettre les autres dans leur tort ne résulte qu’en une dégradation.
Mais tout cela ne serait qu’une impasse qui conduirait à des conditions sociales extrêmement chaotiques, s’il n’y avait pas le fait salutaire suivant :
Toute erreur qui se répète et n’est soi-disant « pas rectifiable » vient de ce que l’on recourt à cette défense ultime –« essayer d’avoir raison ». C’est pourquoi on peut remédier à l’erreur compulsive, peu importe à quel point elle peut sembler folle, ou peu import à quel point on insiste pour avoir raison.
Faire admettre au délinquant ses torts ne fait que le dégrader davantage, et peut même le rendre inconscient ou le détruire. Par conséquent, l’objectif du châtiment est voué à l’échec et produit peu de résultats.
Par contre, si l’on amène le criminel à un point om il ne se sent plus obligé de répéter compulsivement ses méfaits, alors c’est gagné !
Mais comment ?
En restaurant son aptitude à avoir raison.
L’application en est sans limite, que ce soit dans l’éducation, dans le domaine social, dans la vie de couple, dans le domaine judiciaire et dans la vie en général.
Exemple : une épouse laisse toujours brûler le dîner. En dépit des réprimandes, des menaces de divorce, etc., cette compulsion persiste. On peut venir à bout de cette erreur en lui faisant expliquer ce qui est bien dans sa façon de cuisiner. Il se pourrait bien que cela suscite une tirade violente, dans certains cas extrêmes, mais si l’on aplanit la question, cela disparaîtra et elle cessera joyeusement de laisser brûler le dîner.
Allez dans une prison et essayez de trouver un prisonnier sain d’esprit qui dise qu’il a fait quelque chose de mal. Vous n’en trouverez pas un seul. Seuls les lâches le diront par peur qu’on leur fasse du mal. Mais, au fond, ils ne croient pas qu’ils ont mal agi.
Un juge pénal qui condamne des malfaiteurs serait stupéfait de se rendre compte que pas un seul d’entre eux ne pense réellement avoir mal agi et ne le pensera jamais, bien qu’il puisse le dire pour éviter les foudres du tribunal.
Celui qui a les meilleures intentions du monde se heurte continuellement à ce fait et va d’échec en échec.
Cependant, la vie de couple, la loi et le crime ne constituent pas les seuls domaines de la vie où cela s’applique. Ces faits embrassent toute la vie.
L’étudiant incapable d’apprendre, le travailleur incapable de travailler, le patron incapable de gérer, tous sont piégés par l’une ou l’autre face de la question « ai-je raison ? » / ai-je tort ? » Ils n’en voient qu’une face. Ils ont raison « jusqu’au bout ». Et, à l’opposé, ceux qui veulent les changer, sont fixés sur l’autre face : « Admettez que vous avez tort. » Résultat : lorsque c’est cette face qui l’emporte, non seulement il n’y a aucun changement, mais on assiste à une véritable dégradation. Avec le déséquilibre qui résulte de cette opposition, personne n’y gagne.
Les êtres qui sont sur le déclin ne croient pas qu’ils ont tort, parce qu’ils n’osent pas le croire. Et c’est ainsi qu’ils ne changent pas.
Vous pouvez avoir raison. Comment ? en demandant à un autre d’expliquer en quoi il a raison, jusqu’au moment où, étant moins sur la défensive, il peut avoir un pont de vue moins compulsif. Vous n’avez pas besoin d’être d’accord avec ce qu’il pense. Vous n’avez qu’à accuser réception à ce qu’il dit. Et soudain, il peut avoir raison.
On peut faire beaucoup de choses, en comprenant et en utilisant ce mécanisme. Cependant, il faudra étudier un peu cet article avant de pouvoir l’appliquer avec élégance, car nous sommes tous plus ou moins réactifs sur le sujet.
Vous pouvez avoir raison, savez-vous ? je suis probablement le premier qui l’ait cru, avec ou sans ce phénomène. Avoir raison est la route qui mène à la survie et chaque personne se trouve quelque part sur cette route.
Vous pouvez vous donner raison à vous-même, entre autres, en donnant suffisamment raison aux autres pour leur permettre de changer d’avis. Nous serons alors bien plus nombreux à arriver au but.
L. Ron Hubbard
