INFORMATION : Où est l’erreur ?
La commission des droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies (ONU) a rendu public le 30 Mars 2006 le rapport d’une « Mission en France » sur la liberté de religion et de conviction, rapport qui s’achève sur une série de recommandations au gouvernement français. Combien de téléspectateurs assidus ou de lecteurs consciencieux de la presse française étaient-ils au courant que notre pays pose problème, sur la scène internationale, en matière de respect des droits de l’homme, et plus précisément de tolérance à l’égard des minorités religieuses ?
Le cinéaste Yves Boisset a réalisé un documentaire très fouillé, diffusé en Suisse (fin Janvier 2006) et en France (le 2 février 2006 sur France 2), sur les meurtres dont ont été victimes, au Canada, en Suisse et en France, un certain nombre de membres de l’Ordre du Temple Solaire. S’il reste bien des mystères sur cette affaire aux relents de services secrets, de partis politiques et de blanchiment d’argent, une chose est certaine : ce furent des assassinats. Pourtant, la thèse du « suicide collectif » a été promue, contre les déclarations des familles et d’enquêteurs, et contre toute évidence, à longueur d’articles et d’émissions de radio ou de télévision.
Confrontés au problème d’enfants difficiles, de nombreux parents et enseignants voient se généraliser des traitements à base de psychotropes recommandés comme efficaces et sans danger. Pourtant, dans de nombreux pays y compris en France, on ne compte plus les organismes officiels ou les spécialistes qui tentent de faire savoir que le remède est pire que le mal, et que ces prétendus médicaments sont en réalité des drogues aux effets secondaires désastreux…mais ces informations, provenant des sources les plus autorisées, ont le plus grand mal à atteindre le grand public.
Où est l’erreur ? Si le mensonge est vieux comme le monde, les techniques de communication et la capacité de diffusion lui donnent aujourd’hui une puissance nouvelle. Pour lutter contre la désinformation – une société peut-elle survivre avec une vision brouillée ?- on peut agir en amont et en aval.
En amont, il y a le journalisme d’investigation. Non pas celui qui se contente de répéter des versions préfabriquées pour des raisons plus ou moins nobles, mais celui qui enquête véritablement, qui va à la source, qui relève indices et anomalies, qui cherche à identifier ce qui se passe vraiment. C’est ce que nous nous efforçons de réaliser dans le cadre d’Éthique et Liberté, soit directement, soit en nous faisant l’écho d’investigations sérieuses comme par exemple celle d’Yves Boisset sur l’OTS.
Mais on peut aussi agir en aval, en se fondant sur le fait qu’il n’y a pas de désinformateur sans désinformé. L’antidote se situe à l’échelle individuelle, par la culture, la capacité de réflexion et de jugement, l’exercice de l’esprit critique. D’où l’importance de l’éducation, et le drame de son déclin actuel. En dernier ressort – et l’école de la IIIème République l’a bien montré – l’avenir d’une société passe par la qualité de l’enseignement donné à ses jeunes générations. Toutes les initiatives dans ce secteur sont non seulement bienvenues mais vitales, et c’est un autre sujet important pour l’équipe d’Éthique et Liberté.
Chaque époque présente ses propres défis. Il semble que la nôtre exige un courage de type nouveau, celui de rester en permanence vigilant face à une information dont la puissance redoutable n’est pas nécessairement synonyme de vérité.
