Les « Mediator » de l’esprit…
Plusieurs psychotropes – 9 exactement [1] – ainsi que la classe entière des antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine[2] (soit 85 produits) figurent sur la liste des médicaments à risque publiée par l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé). Autrement dit, prendre l’un de ces psychotropes peut entraîner des conséquences dommageables, voire graves, sur la santé. Mais, au moins, guérissent-ils l’esprit ?
La question mérite d’être posée, car dans notre société la psychiatrie est supposée prendre en charge les trouble du mental. Or, la psychiatrie dispose actuellement de trois « remèdes » : l’enfermement, les électrochocs et les psychotropes. Il ne viendrait à l’idée de personne de s’imaginer que l’enfermement ait une quelconque valeur thérapeutique. Il s’agit essentiellement de protéger l’entourage de la personne, ou plus largement la société. Ce n’est donc pas un soin apporté à quelqu’un dans son propre intérêt, même si l’on peut bien entendu comprendre la nécessité d’une telle mesure.
Il ne viendrait à l’esprit de personne non plus de penser que les électrochocs – aujourd’hui rebaptisés sismothérapie – aient une quelconque valeur thérapeutique : une décharge de plusieurs centaines de volts a pour effet une destruction massive de cellules nerveuses, en particulier dans le système cérébral. Si cela avait une vertu pour la personne elle-même, les praticiens de la petite chaise électrique y passeraient volontiers … ce qui n’est manifestement pas le cas !
Restent les psychotropes : ont-ils une valeur thérapeutique ? Là, nous devons nous arrêter sur les mots. Étymologiquement, psychiatrie veut dire médecine (du grec iatros, médecin) de l’âme (psukhê). Certes, les manuels de psychiatrie moderne professent que l’homme n’a pas d’âme. Les émotions et les œuvres de l’esprit seraient le produit du seul système nerveux, précisément d’une petite couche de matière grise d’un à deux millimètres d’épaisseur qui entoure le cerveau : l’écorce cérébrale, ou cortex. Si l’on suit cette piste, la différence entre un Mozart et un Hitler relèverait de quelques connexions de neurones différemment arrangées … mais alors, pourquoi s’appeler « médecine de l’âme » ?
Les psychotropes agissent sur le système nerveux, avec des effets sédatifs ou euphorisants qui peuvent avoir des bénéfices momentanés, avec ou sans effets secondaires sur la santé physiologique. Mais c’est tout ce qu’ils font, et je note d’ailleurs qu’ils sont couramment utilisés en institution pour « calmer » les patients, la « camisole chimique » étant jugée moins barbare que les pratiques d’antan. Mais où est la thérapie de l’esprit dans tout cela ? Là aussi, soyons clairs sur les mots : une thérapie est une démarche à la fin de laquelle le patient est à nouveau en bonne santé, capable de repartir dans la vie. Un sportif revient sur le terrain après une opération, mais fait-on confiance à quelqu’un qui est sous médicaments ou qui sort d’un hôpital psychiatrique ?
Il est donc difficile d’associer l’idée d’une thérapie qui serait efficace pour le bien-être futur de la personne, et les outils actuels que sont l’enfermement, les électrochocs et les psychotropes. Mais que les institutions psychiatriques soient elles-mêmes respectueuses de la dignité et des droits des personnes est une autre question, beaucoup plus grave et sur laquelle le plus grand doute est permis.
Au moment où une nouvelle loi sur l’internement et les traitements sous contrainte vient d’être adoptée, la plus grande vigilance s’impose.
- Concerta, Cymbalta, Mépronizine, Ritaline, Rohypnol, Stablon, Stilnox, Valdoxan, Zypadhera↵
- Sérotonine : neurotransmetteur dont le déficit serait, pour les psychiatres, une des causes de l’apparition d’une dépression. Cette classe d’antidépresseurs augmente le taux de sérotonine en diminuant sa recapture par le neurone émetteur.↵
