“Au-delà de défendre ses droits, l’homme doit défendre son âme”
Mort de Solyenitsin ou la conspiration du silence :
Celui qui n’en faisait qu’à sa tête est parti en tirant sa révérence. Son départ a été assez discret, il a été accompagné d’une sorte de gêne, d’hésitation à son égard, comme s’il s’agissait de quelqu’un dont on connaît l’existence et le visage sans savoir vraiment quoi penser sur lui, tellement il a été affublé d’allégations contradictoires qui ne lui correspondaient pas. Solyenitsin a été connu en Occident pour avoir dévoilé l’Archipel du Goulag.
Il a été souvent mal compris pour plusieurs raisons : d’une part la gauche et les communistes voyaient l’URSS comme un modèle du socialisme malgré ses résultats négatifs qu’il attribuaient à l’héritage stalinien et d’autre part les éléments de droite ne comprenaient pas la critique sans complaisance de Solyenitsin vis-à-vis du monde occidental.
L’Archipel du Goulag n’est pas un ouvrage de fiction, c’est le témoignage d’un homme qui a été condamné à 8 ans de détention pour avoir émis une critique voilée sur Staline dans sa correspondance avec un ami. Il ne fait que raconter ce qui arrivait à tous ceux qui avaient osé critiquer le système soviétique.
À la suite de cette peine et en absence d’un nouveau jugement, il a été déporté à vie, ce qui était courant à l’époque.
Au début ses écrits ont circulé de façon clandestine, après ils sont passés à l’Ouest provoquant des réactions allant de l’incrédulité à l’indignation. Il y a des sujets passionnels qui réveillent des blessures anciennes, en outre dans un pays où la gauche, la résistance, la commune et la révolution se confondent en un seul objet, toute remise en question du système communiste avait du mal à passer, elle ne se faisait qu’après coup et à contrecœur quand l’évidence était écrasante. Il a fallu au moins Prague et Pol Pot pour qu’il soit possible d’élever sa voix contre les tyrannies venues du froid.
Solyenitsin était croyant, c’est son regard sur la religion dans un pays comme le notre atteint de « syndrome disfonctionnel de la laïcité », qui l’a aliéné d’une partie du public en France. La pensée qu’il devait exister un ordre moral au-delà des droits de l’homme et des prévisions juridiques, un sens de l’éthique individuelle venant de la conception de l’être humain en tant qu’être spirituel. « Au-delà de défendre des droits, l’homme doit défendre son âme », « la grandeur d’un peuple n’est pas dans le son des trompettes mais dans le niveau de son développement intérieur dans la grandeur de son âme ».
Il a aussi mis en garde le monde moderne en disant que « par la foi dans le progrès, nous avons oublié l’âme ».
Merci à Alex de Valera pour ce clin d’oeil à Solyenitsin.
